Marché digital! web! Oui Mehdi, c’est un triste constat

J’ai lu avec un très grand intérêt le dossier publié par The Nexties et rédigé par l’excellentissime Mehdi Reghai que je remercie au passage de m’avoir cité dessus. Sous l’intitulé « Triste constat du marché digital au Maroc » se cache un cri de rage poussé par l’auteur et partagé par plusieurs entrepreneurs TIC marocains, auquel je me permettrais d’ajouter quelques réflexions et éléments de réponse ne serait-ce que dans la partie où j’évolue, en l’occurrence le marché du web.

Les startups success stories

Depuis deux ou trois ans, un vent entrepreunarial souffle sur le Royaume, on commence à penser entrepreneuriat dans le web ou ailleurs, avec des événements touchant essentiellement les jeunes (Startup weekend, Startup your life, GENIE, Enactus, Injaz…) ou des organismes qui voient le jour ou viennent se joindre à cette dynamique au Maroc (CEED, MNF, CMI, Indeavor, Wamda, Fikra…), que ça soit dans la formation, l’accompagnement ou le financement. Reste à continuer dans cette dynamique avec plus de programmes et d’événements touchant les jeunes afin de créer cet esprit d’entrepreneurship, ou d’accompagner ceux qui ont déjà commencé et leur apporter les réponses escomptés.

Le manque de success stories locales dans le monde du web reste un grand handicap, celui qui commence devra avoir un modèle à suivre, au moins un; Nombre d’entreprises marocaines sont toujours dans cette logique « service », que ça soit dans le webshoting, le développement, le mobile, le webmarketing ou le social media, ce modèle entrepreneurial se base essentiellement sur les compétences techniques mais surtout managériales généralement acquises sur le tas, loin du modèle rêvé qui a été cité dans l’article de The Nexties, Idée > prototype > levée de fond > commercialisation > expansion mondiale.

Les fond en place sont certainement insuffisants et inadaptés aux besoins actuels, je cite Intilak, Tatwir et MNF, mais rester à les utiliser en leur version actuelle et tenter d’intervenir pour les modifier et les améliorer dans les années qui viennent.

La formation

Mon expérience personnelle m’a permise de toucher au plus près, l’incompétence des étudiants marocains, le point commun entre ceux dont j’ai touché la compétence reste « L’auto-formation », nos étudiants dépendent dans la plupart des cas de leur programme scolaire, qui est généralement pauvre et outdated, dans le monde du web où nous évoluons, les choses changent très vite, il faut donc associer les entrepreneurs dans le processus de formation, en consulting ou même en salle de classe. De cette manière on touchera deux objectifs :

  1. Avoir des étudiants updated avec vision instantanée sur le marché de l’emploi;
  2. Préparer ces étudiants à l’entrepreneuriat en côtoyant quotidiennement des entrepreneurs, au lieu de les voir de façon irrégulière durant des TEDx ou des conférences.

Le désenclavement numérique

Une autre problématique touché par mon article de référence reste la question de l’axe Casablanca-Rabat, on ne cesse de le répéter à chaque événement où l’on se croise, pourquoi c’est toujours Casa ou Rabat, n’y a-t-il pas de potentiel ailleurs? je me rappelle d’un webdays à l’ENSA d’Agadir où tout le web marocain c’était déplacé, et d’un Techcamp Morocco qui a touché cinq villes marocaines, ou d’un petit déjeuner 2.0 que j’ai organisé à El Jadida avec le Social Media Club, ce sont certes de petits événements mais qui poussent à affirmer que la technologie doit toucher tout le Maroc, dans un monde connecté où les barrières physique n’existent plus, ils est aberrant que l’on doit toujours se déplacer à Casa ou Rabat pour avoir l’info, l’emploi et la compétence.

L’exemple de la ville d’Agadir est un point de départ pour une réflexion dans ce sens, une poignée d’entreprises s’est forgé une très bonne réputation technologique (Synergie media, VOID, Pixweb…), bon nombre de profils ont déserté l’axe de connaissance en direction du soleil gadiri, ma dernière présentation à la startup for youth à El Jadida comportait quelques raisons pour entreprendre à El Jadida dans le domaine du web :

  1. Les procédures administratives prennent moins de temps que dans les grandes villes;
  2. Les nouvelles idées passent mieux;
  3. La qualité de vie est meilleure;
  4. La proximité de Casablanca et Marrakech (pour les plus pump it up);
  5. On peut aller à la plage entre midi et deux :)

Reste aux décideurs et société civile active (élus, gouverneurs, responsables d’organismes publiques, associations…) de prendre conscience de ce fait et d’agir en conséquence, par le biais de création de petits hubs technologiques (je salue dans ce sens l’initiative d’extension du technopark), l’encouragement (n’importe lequel) des entrepreneurs dans le domaine des TIC ainsi que la multiplication d’événements touchant les communautés locales dans des villes autres que Casa et Rabat.

Création de site web, l’épineux sujet

Que ça soit au sein de la weboma ou durant des discussions en marge d’événements web ou TIC, plusieurs points sont soulevés par les professionnels du secteur:

  • Les prix qui chutent;
  • La qualité qui manque;
  • L’offshoring qui prend le large face à la concurrence étrangère (notamment indienne);
  • Le manque d’éducation chez les clients;
  • Les experts qui fusent de partout.

Tous ces points sont entre-liés, au Maroc comme dans plusieurs pays, la majorité des clients sont encore dans cette phase de « je veux être présent », peu considèrent de mettre leur site web au centre de leur stratégie commerciale, taux de pénétration de l’Internet qui assez bas non aidant à changer cette donne, l’on se résigne à avoir des sites web avec le moindre coût qui soit, pour assurer une première présence et un email professionnel à mettre sur une carte de visite. A cela répondent les « génies » du web par des offres « saignantes » et une industrialisation du processus de création qui tue l’esprit de créativité chez chaque vrai webdesigner.

Le vrai problème reste chez les grands clients (administrations, communes, grandes entreprises…), étourdis par les offres inégalées du marché, mettant le budget qu’il faut, en se heurtant au mauvais choix de prestataire dicté par une relation familiale d’un haut responsables, ou du plus offrant en matière de graissage de patte, laissant libre court à des charlatans du web, inconnus de la communauté qui errent sans crier gare dans un domaine sans aucun conformité apparente. A cela s’ajoute l’absence de connaissance chez les pourvoyeurs de projets, ou pire, l’absence d’objectifs réél dans beaucoup de projets entrepris, sous l’excuse de justification d’un budget annuel.

Et les sérieux? ceux-là attendent le bon client, aussi naïfs qu’ils sont, pour faire la bonne recette: Le bon budget, le vrai travail personnalisé, l’innovation, la créativité et le bon résultat.

Des solutions?

Oui elles existent, mais restent conditionnées par l’activité ou l’activisme de tout un chacun. La prise de conscience collective passe par le partage, la rencontre et l’abnégation. L’amélioration du secteur doit être la cause de chacun, car tout le monde y gagnera à la fin.

  1. La création d’association professionnelle reste une étape imminente, le cas échéant, l’adhésion à des organismes déjà en place tels que le MNC ou la CGEM reste une alternative importante à l’heure actuelle, tout en étant actif dans des commissions chacun dans son domaine d’activité;
  2. La multiplication d’événements touchant le grand public pour fins de formation et de vulgarisation des TIC reste aussi un manque à gagner par la part des entrepreneurs marocains;
  3. La participation à des événements à l’étranger tout en privilégiant le partage d’expérience reste une lacune chez nos entrepreneurs, les événements sont là, et les blogs sont maintenant à la portée de tout le monde;
  4. Le Maroc est pauvre en terme de contenu, ayons tous cet esprit de partage en créant des blog ou en invitant des gens à s’exprimer sur des blogs notoires, les bloggeurs confirmés et autres influenceurs (pas seulement sur le web) devront partager et faire partager par d’autres, leurs expériences, reflexions et bonnes pratiques;

Merci Mehdi pour ton article/muse, j’attends vos commentaires les amis, mais surtout, vos actions à venir.