Voter ou pas ?

Notre ami Mohamed Zainabi m’a demandé (et a demandé à plusieurs personnes via facebook) d’ajouter leur témoignages à une étude qu’il est en train d’entreprendre sur le vote des « jeunes » marocains… je publie ici la réponse que je lui ai adressé.

Aller voter ou pas, après plusieurs années où je n’avais pas le droit de voter à cause de mon ancien emploi, est pour moi une grande question ; L’état nous demande de voter sur le parti et non sur la personne, alors que les partis « recrutent » des personnes influentes ou connues pour étoffer ses « équipes » électorales, parler de vote sur le parti est un langage que seule une élite qui « s’y connais » en politique peut comprendre, le citoyen lambda ne voit en ses élections communale que les routes, emplois, trottoirs, gestion d’ordures… des choses qu’il vit très loin des accrochages politiques des partis en course, ce sont ces mêmes soucis que les partis utilisent en quelque sorte, pour promouvoir des programmes alléchants, qui convergent tous vers le même discours, ce qui pousse dans tous les cas, les électeurs à bouder toute l’opération électorale, quitte à voter sur une personne et non pour le programme d’un parti.

Personnellement, je fais partie de ces lambdas, qui ont vu succéder plusieurs conseils communaux, qui font tous la même chose, qui trébuchent sur les affaires de tous les jours, et le progrès ? On ne peut pas leur demander de faire plus, car on sait tous que quand quelque chose progresse dans la ville ou la commune, ce n’est pas car le conseil communal a inventé quelque chose, mais parce que ca rentre dans des processus communs ou les wilayas, délégations et administrations s’impliquent, en se basant sur des projets étudiés sur plusieurs années. D’un autre point de vue, je fais aussi partie de ces gens qui comprennent que la volonté d’une personne à l’intérieur d’un conseil communal, aussi sérieuse et aussi honnête soit-elle, ne peut pas à elle seule, constituer un moteur de progrès, car les élus ne se ressemblent pas, et pour se démarquer dans un conseil ou élever sa voix sur le tas, il faut faire face à un environnement hostile constitué des conseillers de partis opposés, avant de faire face à des rouages bureaucratiques intenses, qui constituent un vrai casse-tête dans toutes les communes marocaines.

Pour moi, voter est un dilemme, car si je ne vote pas (et c’est ce qui arrive actuellement), je laisse libre court à une personne d’être élue avec majorité de voix ; mais si je veux vraiment voter, je le ferais en faveur de qui ? Donnerais-je ma voix à un nième « voleur »… et je m’excuse pour le terme. Je demanderais alors aux partis, de nous fournir de bonnes listes, et de bonnes têtes de liste, car ces partis font la faute de ne pas nous laisser un choix vu les profils proposés.

Avant de nous demander d’aller voter, il faut d’abord nous enseigner comment marche une commune, comment est-elle gérée… Il ne faut pas aussi nier, que les électeurs sont aussi responsables vis-à-vis des élus, quand on vote pour quelqu’un ou pour un parti politique, on doit le suivre, le bousculer et lui demander des comptes sur le programme annoncé ; comme ca, celui qui viendra un jour déposer sa candidature, pensera mille fois avant de le faire.